À Mbalkabra, dans la province du Logone occidental, le nom de Dembété Robertine est souvent associé à l’engagement en faveur des femmes rurales et du développement communautaire. Présidente de l’Union des groupements féminins Djankendji-kho de la sous-préfecture de Mbalkabra et présidente provinciale du Conseil national de concertation des producteurs ruraux de Moundou au sein du collège des femmes rurales, elle consacre sa vie à l’amélioration des conditions de vie des femmes et des jeunes filles en milieu rural.
Née le 30 avril 1970 à Mbalkabra, Dembété Robertine suit un parcours scolaire similaire à celui de nombreuses jeunes filles de sa génération. Elle effectue ses études primaires à l’école Saint Thomas d’Aquin de Mbalkabra jusqu’en classe de CM2 avant de poursuivre ses études secondaires, où elle obtient le Brevet d’études du premier cycle (BEPC). Mais face aux difficultés sociales de l’époque, elle décide de se tourner vers l’agriculture, une activité qui deviendra par la suite le point de départ de son engagement communautaire.
C’est dans ce contexte qu’elle initie la création d’un groupement féminin. Animée par la volonté de changer les mentalités, elle sillonne les sept villages de la sous-préfecture de Mbalkabra pour sensibiliser les familles à l’importance de la scolarisation des filles et à l’autonomisation des femmes. « Dans la plupart des organisations, la femme n’est pas entendue, elle n’a pas sa place. À travers cette sensibilisation, j’explique aux femmes qu’elles sont capables de s’autosuffire en se lançant dans des activités génératrices de revenus », affirme-t-elle.
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Son engagement dépasse rapidement les frontières de sa localité. En 2003, elle participe à Paris à une rencontre internationale sur le thème de la génération agriculture. À son retour, elle s’emploie à partager les connaissances acquises dans plusieurs départements de la province du Logone Occidental et également à N’Djamena, aux côtés d’organisations issues des 23 provinces du Tchad, dans le but de mettre en place un Conseil national de concertation des producteurs ruraux.
Malgré ces initiatives, l’accès au financement demeure un défi majeur pour les organisations rurales. « Nous évoluons avec nos moyens de bord issus des cotisations des membres », confie Dembété Robertine. Dans ce contexte, elle met en place une union regroupant dix groupements féminins dont la mission est notamment de promouvoir la scolarisation des filles. Convaincue que l’éducation est la clé du changement, elle contribue à la création d’un établissement scolaire baptisé École des filles 15 octobre, en référence à la Journée mondiale de la femme rurale célébrée à cette date. Située à Mbalkabra, l’école offre un cycle complet et accueille aujourd’hui près de 280 élèves.
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Âgée de 56 ans, veuve et mère de plusieurs enfants, Dembété Robertine poursuit son combat malgré les difficultés. L’organisation qu’elle dirige regroupe 105 femmes, dont seulement cinq sont alphabétisées. « Cela constitue un frein pour notre épanouissement, car certaines femmes comprennent difficilement les actions que nous menons. C’est pourquoi nous multiplions les sensibilisations », explique-t-elle.
Selon elle, les femmes rurales font face à des réalités particulièrement difficiles. « Elles travaillent beaucoup plus que les femmes urbaines, mais leurs conditions de vie restent plus précaires », souligne-t-elle. Malgré les obstacles, Dembété Robertine nourrit de grandes ambitions pour sa communauté. Elle souhaite notamment renforcer l’autonomie économique des femmes rurales tout en plaidant pour une meilleure gouvernance et un accès sécurisé à la terre. « Nous demandons aux autorités de sécuriser le foncier, car les femmes rurales ont difficilement accès à la terre », insiste-t-elle.
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Parmi ses projets figurent également la création d’une pâtisserie produisant du pain à base de farine de maïs afin de générer des emplois pour les femmes. Une initiative qui répond à un besoin concret : les habitants de Mbalkabra doivent actuellement parcourir près de 35 kilomètres pour acheter du pain à la boulangerie de Moundou. Elle envisage aussi la mise en place d’une bibliothèque communautaire pour encourager les jeunes filles à lire et à poursuivre leurs études.
À travers son engagement et sa détermination, Dembété Robertine incarne aujourd’hui une figure emblématique du leadership féminin en milieu rural, convaincue que l’autonomisation des femmes constitue un levier essentiel pour le développement des communautés.
Mbaiwanodji Adrien, correspondant à Moundou
Article publié le samedi 7 mars 2026
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