Au Sénégal, un technocrate prend les rênes de l’Enseignement supérieur
Le Sénégal fait un choix singulier pour diriger son enseignement supérieur. Dans le nouveau gouvernement annoncé le lundi 1er juin par le président Bassirou Diomaye Faye, Boubacar Camara (photo) est nommé ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Il succède ainsi au professeur Daouda Ngom, en poste depuis le remaniement de septembre 2025.
Né le 26 juin 1958 à Dakar, Boubacar Camara est titulaire d’un baccalauréat obtenu avec mention au lycée Blaise Diagne. Après son cursus à l’École nationale de formation maritime de Dakar, il commence sa carrière comme soldat de 2e classe dans la marine nationale, avant de devenir officier de marine marchande. Major à l’École nationale d’administration et de magistrature comme inspecteur des douanes, il gravit rapidement les échelons. Il obtient un doctorat en droit à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble en 2005. Il devient avocat au barreau de Paris en 2008.
Sa carrière dans la haute administration est dense. Il a dirigé la Direction générale des Douanes de 2000 à 2004. La même année, il est major de promotion à l’Inspection générale d’État, qu’il quitte à la retraite anticipée en 2015. Il rejoint ensuite le secteur privé comme président du conseil d’administration de Sococim Industries, filiale du groupe cimentier français Vicat. Il exerce également comme consultant international en douane, commerce, énergie et partenariat public-privé.
En 2019, candidat non retenu à la présidentielle pour parrainages insuffisants, il rallie la coalition Sonko Président dont il devient le superviseur général de campagne. En avril 2025, il est nommé ministre, secrétaire général du Gouvernement. Il est décrit comme un haut fonctionnaire « rompu aux exigences de l’administration publique et aux enjeux de gouvernance ». Décoré officier de l’Ordre national du Lion, il est aussi titulaire de la Médaille d’honneur des Douanes.
Cette nomination intervient alors que le secteur traverse des difficultés structurelles profondes. Le budget du MESRI s’élève à 308,5 milliards FCFA (environ 548,5 millions de dollars) en 2025, soit environ 517 millions de dollars. Sur ce montant, 134,7 milliards sont alloués aux œuvres sociales universitaires, incluant bourses, restauration et hébergement. L’État a mobilisé 98 milliards FCFA pour les bourses entre septembre 2024 et octobre 2025. Des grèves estudiantines ont secoué l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar depuis novembre 2025. L’Université Gaston Berger de Saint-Louis a également été touchée. Le gouvernement a aussi lancé l’ANTESRI 2050, son agenda national de transformation de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il vise la souveraineté scientifique et la réduction de l’inadéquation entre formation et emploi.
Félicien Houindo Lokossou
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