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Togo: L’exemption de visa pour les Africains, un miroir aux alouettes panafricain pour masquer la faillite interne

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Quelques passeports émis par des pays Africains | Photo: DR / GB Le communiqué officiel du 18 mai 2026, émanant du ministère de la Sécurité togolaise, annonce avec un grand renfort de sémantique panafricaniste l’exemption de visa d’entrée au Togo pour tous les ressortissants des États africains. Si la rhétorique officielle s’empresse de saluer le « leadership » et la « volonté constante » de Faure Gnassingbé, de faire du Togo, un « hub régional », la réalité derrière ce coup de communication s’avère bien moins vertueuse. Loin d’être une stratégie économique mûrement réfléchie, cette mesure s’apparente à une opération de relations publiques visant à amuser la galerie, manipuler l’opinion internationale et redorer le blason d’un régime impopulaire aux abois.


Un panafricanisme de façade pour soigner une image internationale


Depuis plusieurs années, Faure Gnassingbé verse dans des opérations de charme pour tenter de s’acheter une légitimité internationale, en se drapant dans des habits tantôt de médiateur régional, tantôt de promoteur de l’intégration africaine. Cette exemption de visa est l’énième pièce d’un narratif de propagande.


En réalité, cette politique ne repose sur aucun fondement économique solide ni sur des études d’impact préalables. Il s’agit d’une décision prise sur un coup de tête, d’une ruse politique pour détourner les regards des crises de gouvernance interne et projeter l’illusion d’un Togo progressiste et ouvert. C’est un habillage diplomatique destiné à dissimuler la confiscation du pouvoir par une « dangereuse minorité » qui selon ses propres dires, s’accapare les richesses du pays au détriment de la grande majorité des Togolais.


L’illusion du hub : pertes financières et risques sécuritaires


Sur le plan purement macroéconomique, la suppression unilatérale des frais de visa représente un manque à gagner immédiat pour les caisses de l’État, sans aucune garantie de compensation par les flux touristiques ou commerciaux.


Plus grave encore, cette ouverture mal préparée comporte des risques majeurs.


Sur le plan sécuritaires, cette curieuse décision prise dans un contexte sous-régional marqué par une volatilité extrême et la progression des menaces asymétriques, l’affaiblissement des contrôles aux frontières, malgré le filtre numérique préventif de la plateforme voyage.gouv.tg, expose le territoire à des infiltrations incontrôlées. Peut-être se prépare-t-il à en faire un argument pour interdire les manifestations publiques, sous prétexte de menaces terroristes dans la capitale, surtout que le CNCC a annoncé les couleurs le 09 mai dernier et se met en ordre de bataille.


Risques sanitaires et migratoires : le communiqué lui-même rappelle timidement le maintien des exigences sanitaires et de police administrative, prouvant à demi-mot que le régime avance à l’aveugle, transférant le fardeau d’un contrôle déficient sur des services frontaliers déjà sous-équipés.


Le « piège à cons », entre ruse d’ouverture et entraves internes réelles


Vouloir attirer les opérateurs économiques et les talents africains par une simple exemption de visa est un contresens économique absolu. Un investisseur ne choisit pas sa destination en fonction du prix ou de la facilité d’obtention d’un visa de 30 jours, mais en évaluant le climat des affaires. Or, au Togo, les entraves internes aux investissements demeurent colossales :


– un système judiciaire inféodé qui n’offre aucune garantie de sécurité juridique pour les capitaux étrangers ;


– une corruption systémique et un racket administratif qui étouffent l’initiative privée dès le premier jour ;


– un monopole oligarchique où aucun secteur porteur ne peut prospérer sans faire allégeance ou s’associer de force avec les membres de la minorité accapareuse.


Proposer une entrée libre dans un pays où l’environnement des affaires est cadenassé par des intérêts claniques relève purement d’un « piège à cons ». C’est un appât grossier : on ouvre grand la porte d’entrée, mais une fois à l’intérieur, la réalité du système prédateur se referme sur les plus naïfs.


Appel à la vigilance collective


L’opinion nationale et africaine ne doit pas se laisser abuser par les délices de cette démagogie frontalière. Derrière l’affichage d’une « libre circulation », il n’y a aucun projet de développement partagé, mais une simple stratégie de survie politique d’un clan qui s’accroche.


Il est urgent d’appeler à la plus grande vigilance les hommes d’affaires, les intellectuels et les citoyens du continent : le Togo de Faure Gnassingbé n’est pas devenu le temple du panafricanisme par décret ministériel. Tant que les libertés fondamentales y seront bafouées, que l’économie restera l’otage d’une minorité et que les institutions nationales serviront des intérêts personnels, les opérations de charme de Lomé ne resteront que ce qu’elles sont : des mirages politiques pour masquer un immobilisme dramatique.


Rodrigue Ahégo,


La Voix des Sans Voix





Article publié le dimanche 24 mai 2026
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