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Quelle priorité pour la vraie opposition au Togo? Chercher la fin de la dictature, ou aller à des élections pour la légitimer? - 27avril.com

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Samari Tchadjobo | Photo: S.T «…Le sénat va servir à quoi au Togo? Le drame, c’est que ceux qui disent combattre le pouvoir, refusent non seulement de se prononcer sur l’inutilité de cette institution mais s’échauffent pour y être, histoire de caser certains de leurs vieux militants dans cette future maison de retraite… Cette manne qui servira à entretenir pendant 5 ans des gens à ne rien faire, ne peut-elle pas financer des jeunes entrepreneurs, construire des pistes rurales, construire des écoles qui s’effondrent sur les enfants, accorder des bourses aux étudiants, construire des centres de santé, acheter des vaccins etc.. Déjà que nous avons 81 députés à l’Assemblée Nationale qui passent leur temps à dormir, un sénat nous servirait à quoi?» (Ferdinand Ayité)

Ferdinand Ayité, c’est ce journaliste qui n’a pas l’habitude d’avoir sa langue dans sa poche et qui dit et écrit ce qu´il pense sur les effets dévastateurs de la gouvernance inhumaine que subissent les Togolaises et les Togolais depuis un demi-siècle. C´est également ce journaliste qui, pour sa lucidité, son franc-parler, est persécuté au Togo, comme beaucoup d´autres, et qui fut contraint à l´exil pour sauver sa peau. Et si nous avons choisi de commencer notre propos par un extrait de l´une de ses déclarations sur les réseaux sociaux, c´est justement parce qu´il a abordé la problématique des élections au Togo, en insistant sur l´inutilité d´un sénat dans un pays en lambeaux comme le nôtre et qui manque de tout pour subvenir aux besoins les plus élémentaires des populations. Et au-délà des élections sénatoriales, nous voulons parler des élections tout court et de la question de la pertinence et de la nécessité pour une opposition qui se bat depuis trois décennies contre un régime de terreur, d´y participer.

Qui parle de régime de dictature aux allures tribales, qui parle de régime Gnassingbé au Togo dont tout le monde connaît la nature brutale, s´appuyant sur une armée non moins tribale, et qui se maintient au pouvoir de père en fils en fraudant et en tuant, ne peut pas parler d´élections. Car justement, c´est parce qu´il est impossible d´organiser des élections libres, où l´électeur pourrait choisir sans contrainte, où les résultats seraient annoncés librement sur les medias, où le vaincu pourrait accepter sa défaite et féliciter le vainqueur, que l´on parle de régime de dictature, dont le maintien au pouvoir est alors synonyme de fraudes électorales, de violences policières et même militaires. Depuis 1990, depuis donc le début de la démocratisation au Togo, l´opposition n´avait fait que subir la folie meurtrière d´un régime; Éyadéma d´abord, Faure ensuite, dont la devise consiste à ne jamais quitter le pouvoir politique vaille que vaille. Pendant le temps du parti unique, les élections constituaient une formalité pour le renouvellement du mandat du dictateur, parce qu´il était, de toutes les façons, le seul maître à bord. Quelques «opposants» de pacotille suffisaient pour la comédie électorale. Et c´était justement pour la transparence dans le choix du chef de l´état, à travers des élections libres qu´engendrerait un régime démocratique que Gnassingbé Éyadéma et son entourage avaient résisté de toutes leurs forces à l´instauration du multipartisme.

C´était donc du bout des lèvres que le régime RPT, à travers Éyadéma, accepta le modèle démocratique pour notre pays. La suite nous a montré que les Togolais ne sont pas au bout de leurs peines quant aux affres de la dictature qui, au lieu d´appartenir à l´histoire comme dans les pays voisins, n´a fait que renforcer ses tentacules. Les illusions démocratiques des Togolais subirent un grand coup avant d´avoir réellement commencé. Qui peut oublier cette folie jusqu´au-boutiste de Gnassingbé Éyadéma, jamais vue en Afrique, et qui avait consisté à déloger le premier ministre du premier gouvernement de transition, Joseph Kokou Koffigoh, par la force des obus? C´était le 3 décembre 1991 où toute l´Afrique avait retenu son souffle. C´était la fin violente de la transition démocratique et Éyadéma pouvait désormais gérer la «démocratie» togolaise à sa façon. La mort d´Éyadéma et le passage du témoin à Faure Gnassingbé n´ont rien changé à la gouvernance politique dans notre pays et aux méthodes brutales, pendant surtout les périodes électorales où tout est mis en oeuvre pour que les adversaires politiques ne gagnent jamais; et que ce sont les tenants de la terreur, désavoués par le peuple, qui bizarrement sont toujours plébiscités. En 2005, des élections présidentielles sont organisées, car il fallait légitimer par un scrutin même bidon, la prise illégale du pouvoir par Faure Gnassingbé. Ce dernier marchera, selon les organisations nationales et internationales des droits humains, sur à peu près 500 000 cadavres de Togolais pour devenir «officiellement» président du Togo. En 2010 et 2015, tout le monde connaît le triste refrain quinquennal.

Le Togo n´est pas un pays normal qu´on peut comparer, comme le fait la formation du Professeur Gogué, l´ADDI, en dénonçant l´iniquité du découpage électoral chez nous. «Comparant les pays de la sous région, l’ADDI précise que des pays comme le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire maintiennent des proportions avec un député pour plus de 100 000 habitants: au Bénin un député pour environ 128 000 habitants; en Côte d’Ivoire un député pour environ 115 000 habitants; au Sénégal un député pour environ 110 000 habitants, alors qu’au Togo, nous avons un député pour moins de 90 000 habitants ». Une telle comparaison venant d´une formation politique se disant s´opposer au régime de dictature dans son pays, serait synonyme de cécité politique. Comment peut-on comparer le Togo au Bénin ou au Sénégal, deux pays de la sous-région, situés à des années-lumière de la situation politique catastrophique que connaît notre pays? Le Bénin et le Sénégal, malgré tout ce qu´on pourrait reprocher à Patrice Talon et à Macky Sall, ont des situations politiques que les Togolais n´hésiteraient pas à embrasser tout de suite, s´ils avaient le choix. Au Bénin, Patrice Talon a promis de partir, et il partira; au Sénégal, Macky Sall, malgré quelques vélléités pour tricher, partira, la tradition démocratique sénégalaise aidant. Et en plus, les deux régimes n´entretiennent pas des armées tribales comme au Togo où la chose politique est considérée comme un bien tribal ou même familial, et où des partis de l´opposition sont menacés dans la région du chef de l´état par des miliciens payés par l´entourage du pouvoir.

Le régime Gnassingbé sait très bien qu´il est mauvais; il sait qu´il est un régime de dictature qui a commis beaucoup de crimes depuis l´ère Éyadéma, et qui en commet toujours. Et c´est justement pourquoi il a choisi le bras de fer avec le peuple togolais, en cherchant à s´éterniser au pouvoir par la force. Ils ne veulent pas quitter le pouvoir de leur propre gré pour ne pas devoir rendre compte. Alors, il faut les y obliger, par une union et une organisation intelligente des populations togolaises, comme ce fut le cas au début des années 90, comme ce fut le cas en 2017 avec Tikpi Atchadam et le PNP. Ce ne sera pas avec une participation à des élections aux conditions du régime qu´on combat, qu´on arrivera à le faire partir; à moins que d´autres parmi nos «opposants» aient leur agenda à eux qui n´aurait rien à voir avec la fin de la dictature. La formation politique orange, l´ANC, a à plusieurs reprises thématisé et dénoncé le fichier électoral togolais défavorable à l´opposition. Les responsables de l´Alliance Nationale pour le Changement (ANC) se seraient même adressés à la CNDH à cet effet. La Commission Nationale des Droits de l´Homme (CNDH) fait partie de ces organismes-coquilles vides qui ne peuvent pas faire leur travail parce que trop politisés. Un régime de dictature, surtout celui que nous avons au Togo, n´organise pas des élections pour les perdre. C´est pourquoi nous disons que les élections ne constituent pas le meilleur moyen pour faire partir un régime qu´on combat depuis plus de trois décennies. Pour une opposition en lambeaux comme celle que nous avons au Togo, continuer à participer à des élections reviendrait à dire que tout va bien sur tous les plans; et ceci ne fait que faire le jeu du pouvoir Gnassingbé qui se sentirait légitimé, alors que nous comptons aujourd´hui encore plusieurs dizaines de prisonniers politiques, dont le propre frère du chef de l´état, Kpatcha Gnassingbé, plusieurs réfugiés politiques, dont des militaires et des chefs de partis politiques. Doit-on les sacrifier sur l´autel des intérêts égoïstes de quelques formations politiques qui forment aujourd´hui ce que nous appelons l´opposition togolaise?

Samari Tchadjobo Allemagne





Article publié le jeudi 21 décembre 2023
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