:
Le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) a publié un document intitulé: « Policy Brief intitulé Géographie de la pauvreté en RDC: une piste pour une meilleure politique publique ». Ce rapport montre que la pauvreté en République démocratique du Congo demeure très élevée: elle touchait 67,9% de la population en 2025, ce qui compromet l’atteinte de l’Objectif de développement durable consacré à son élimination d’ici 2030.
Gaston Mutamba Lukusa Le document met également en évidence de fortes inégalités territoriales, avec d’importants écarts entre provinces, révélateurs d’une grande hétérogénéité spatiale. Plusieurs indicateurs confirment en outre la faiblesse du développement humain dans le pays. En 2024, le PIB par habitant s’élevait à environ 1.602 USD en parité de pouvoir d’achat (prix constants de 2011), tandis que l’indice de développement humain atteignait 0,522, plaçant la RDC au 171e rang sur 193 pays selon le dernier Rapport mondial sur le développement humain du PNUD. Ces données illustrent l’ampleur des défis à relever: la pauvreté y reste élevée, durable et profondément ancrée dans les réalités territoriales.
Toutes les provinces du pays sont pauvres mais à des degrés divers
Selon le PNUD, la RDC reste marquée par une pauvreté très élevée, qui touche plus des deux tiers de la population. Cette moyenne nationale cache toutefois de fortes disparités entre les provinces. Les plus touchées sont le Kasaï-Central (79,8%), le Kwilu (79,2%), le Tanganyika (78,5%), ainsi que le Kasaï-Oriental, le Nord-Ubangi et le Kasaï (entre 76% et 78%). Ces provinces cumulent plusieurs handicaps: enclavement, faibles infrastructures, faible productivité et, dans certains cas, insécurité. À l’inverse, les provinces les moins pauvres — bien que leur taux dépasse encore 50% — sont Kinshasa (52,6%), le Kongo Central, le Lualaba et le Haut-Katanga (entre 60% et 66%). Entre ces deux groupes, la plupart des autres provinces, comme l’Équateur (69,70%), la Tshopo (72,91%), le Sud-Ubangi (74,07%) et le Maniema (71,48%), affichent aussi des niveaux de pauvreté élevés, supérieurs à la moyenne nationale.
Malgré une croissance du PIB estimée entre 5% et 6% ces dernières années, portée notamment par le secteur minier, cette croissance reste peu inclusive. Le cadre macroéconomique demeure relativement stable, mais ses effets sur la réduction de la pauvreté sont limités. Les fortes inégalités, en particulier territoriales, en réduisent l’impact. Dans un pays aussi hétérogène, des politiques publiques uniformes se révèlent peu efficaces. Dans ces conditions, la RDC risque de ne pas atteindre l’ODD, qui vise l’élimination de la pauvreté sous toutes ses formes d’ici 2030. Selon une étude de l’Overseas Development Institute, le pays ne pourrait atteindre qu’environ un quart de cette cible. Une analyse de la Banque africaine de développement, publiée en 2017, aboutit à un constat similaire: la trajectoire actuelle de la RDC pourrait freiner les progrès de l’ensemble du continent. Au-delà du niveau global de pauvreté, les écarts entre provinces posent aussi un défi majeur au principe des ODD consistant à ne laisser personne de côté.
Recommandations clés pour la politique publique
Pour le PNUD, l’élimination de la pauvreté est un défi particulièrement complexe en RD Congo, plus encore que dans beaucoup d’autres pays africains. Cela ne signifie pas pour autant que cette pauvreté soit inévitable ou permanente. Comme le montrent les expériences récentes de pays tels que l’Équateur, la Chine, l’Inde ou l’Éthiopie, il est possible de la combattre et d’en réduire fortement l’ampleur. En RDC, une politique uniforme ne peut cependant pas produire les résultats attendus. Les ressources doivent être orientées vers les provinces où leur impact national sera le plus important. L’État est donc appelé à adopter une approche différenciée, fondée sur des critères de priorisation, afin d’utiliser au mieux les moyens disponibles.
Dans cette logique, quatre provinces — le Kwilu, le Haut-Uele, le Tanganyika et le Kasaï-Central — apparaissent comme prioritaires, en raison à la fois de l’intensité de la pauvreté qui y sévit et de leur contribution élevée à la pauvreté nationale. Des progrès enregistrés dans ces provinces auraient un effet direct et significatif sur la réduction de la pauvreté à l’échelle du pays. À cet ensemble s’ajoutent Kinshasa, le Nord-Kivu, l’Ituri et le Haut-Katanga, compte tenu du poids de leur indice pondéré. Le gouvernement devrait donc lever les principaux obstacles à l’investissement, à la productivité et à l’entrepreneuriat dans ces provinces prioritaires. Enfin, les partenaires techniques et financiers sont appelés à aligner leurs interventions sur ces priorités territoriales, en s’appuyant sur des analyses rigoureuses pour accroître l’efficacité de leurs actions.
Gaston Mutamba Lukusa
Article publié le dimanche 14 juin 2026
14 lectures

Voir tous les produits


Dernières publications dans cette catégorie


