Niger : Un «faux journaliste» croupit en prison
Le tristement célèbre directeur de publication du journal «Le Mandat » interdit de parution le mardi 24 juillet 2012, mais devenu « Le Mandat Plus » pour contourner ainsi l’interdiction, garde prison depuis le jeudi sur plainte du ministère public pour refus d’exécuter une décision légale prise à son encontre.
On se rappelle, la décision de l’Onc d’interdire définitivement la parution de ce journal est consécutive à la publication, d’un article dans un numéro daté de 20 juin 2012 « contenant de fausses informations qui portent atteinte à la vie privée de citoyens, à la morale et aux bonnes mœurs», par le promoteur dudit organe qui n’a aucune qualité de journaliste encore moins celle d’un directeur de publication. Il est à préciser que le journal le Mandat a à son actif plusieurs plaintes adressées par des citoyens nigériens au niveau du tribunal des pairs, l’Observatoire nigérien indépendant des medias pour l’éthique et la déontologie (Onimed), tout comme à l’Onc. Avant ladite interdiction de parution, le 14 avril 2012, l’Onimed a eu, dans un communiqué de presse, à interpeller « les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes contre le journal Le Mandat et son responsable M. Abdoulaye Mounkaila, interpellé pour violation des règles d’éthique et de déontologie», illustrée par plusieurs cas de dérapages à savoir : diffamations, acharnements, atteintes aux mœurs, etc, souligne un communiqué de l’Onimed. Ces attaques sont dans la plupart des cas accompagnées de chantages et menaces contre les citoyens, a récemment déploré à travers un autre communiqué, les organisations socioprofessionnelles des medias, le 30 septembre passé, citant « le cas du journal LE MANDAT devenu LE MANDAT PLUS ». Aussi, dans une déclaration rendue publique ce samedi 6 octobre 2012 à la Maison de la Presse, les organisations socioprofessionnelles des médias se sont de nouveau penchées sur la situation de l’exercice de la profession de journaliste au Niger, ces derniers mois. Ces organisations sont revenues sur les graves dérapages observés chez certains acteurs des médias qui ont apparemment « mal compris le sens de la dépénalisation des délits de presse ». Pour cette race de journalistes, souligne cette déclaration, « la dépénalisation est tout simplement une licence à tout faire ». Rappelons que le Niger est l’un des rares pays au Monde qui a adopté en juin 2010, la loi portant dépénalisation des délits commis par voie de presse. Cette avancée a été davantage renforcée avec la signature, au mois de novembre 2011, par le Président nigérien Issoufou Mahamadou, de la Déclaration de la Montagne de la Table. A travers cette signature, celui-ci s’est engagé à lever tous les obstacles à l’exercice de la liberté de la presse avec à la clé une charte d’accès aux documents administratifs y compris pour les autres citoyens. Ce sont tous ces acquis arrachés de hautes luttes, qu’une catégorie de « faux journalistes » tente de remettre en cause, à travers des pratiques malsaines, comme le chantage et l’escroquerie.DECLARATION DES ORGANISATIONS SOCIOPROFESSIONNELLES DES MEDIAS NIGERIENSRéunies le samedi 6 octobre 2012 à la Maison de la Presse, les organisations socioprofessionnelles des médias se sont de nouveau penchées sur la situation de l’exercice de la profession de journaliste au Niger, ces derniers mois. Après analyse, lesdites organisations font la déclaration suivante :Depuis l’adoption, en juin 2010, de l’Ordonnance N°2010-035 du 4 juin 2010 portant régime de la liberté de la presse, le Niger est entré dans le cercle restreint des pays africains ayant accepté de dépénaliser les délits commis par voie de presse. Cette avancée a été davantage renforcée avec la signature, au mois de novembre 2011, par le Président de la République son excellence Issoufou Mahamadou, de la Déclaration de la Montagne de la Table ; signature à travers laquelle le Chef de l’Etat a engagé le Niger à lever tous les obstacles à l’exercice de la liberté de la presse avec à la clé une charte d’accès aux documents administratifs y compris pour les autres citoyens. Avec l’obtention de ces avancées, force est de reconnaître que l’exercice de la profession de journaliste est devenu très relaxe au Niger car, les acteurs et même les utilisateurs des médias n’ont plus de crainte de s’exprimer sur n’importe quel sujet. Cependant, force est aussi de reconnaître qu’on assiste à de graves dérapages de la part de certains acteurs des médias qui ont apparemment mal compris le sens de la dépénalisation des délits de presse. Pour cette race de journalistes, la dépénalisation est tout simplement une licence à tout faire. Venus dans le journalisme pour d’autres raisons inavouées, ces brebis galeuses de la presse ont fait de la diffamation, de l’injure, du racket et du chantage leurs règles de conduite. Les nombreuses plaintes déposées contre eux au niveau de l’Observatoire national de la communication (ONC), de l’Observatoire nigérien indépendant des médias pour l’éthique et la déontologie (ONIMED) et devant les tribunaux sont illustratives du manque du respect que ces pseudo journalistes manifestent à l’égard des règles élémentaires de l’éthique et de la déontologie. Pour s’être activement battues en faveur de l’avènement de cette dépénalisation des délits commis par voie de presse et déterminées à préserver cet acquis historique, les organisations socioprofessionnelles des médias ne peuvent rester indifférentes face aux comportements irresponsables et éhontés de certains acteurs des médias qui tentent de la torpiller. Les organisations socioprofessionnelles du secteur des médias se désolidarisent de toute prise de position tendant à défendre un confrère qui a mal fait son travail ou qui s’adonne à des pratiques comme le chantage, des injures gratuites, la menace d’honnêtes citoyens par voie de presse, au nom d’un corporatisme de mauvais aloi ;Tout en réaffirmant leur indéfectible attachement à la liberté de la presse et au respect de l’honneur et la réputation des citoyens, les organisations signataires de la présente déclaration rappellent à l’opinion que les organes de médias qui s’adonnent à ce genre de prises de position n’étaient pas sur la ligne de front durant le combat pour la liberté de la presse et l’avènement de la dépénalisation qui doit normalement s’accompagner de plus de professionnalisme de la part des journalistes ; au contraire ils profitent lâchement de ces acquis de part leur comportement irresponsable et bassement mercantiliste. Devant l’intrusion de plus en plus massive de personnes de moralité douteuse dans la profession qui n’ont aucune qualification ou une quelconque expérience pour l’exercer, les organisations du secteur des médias demandent aux institutions compétentes d’élaborer un texte réglementant l’accès au métier de journaliste pour mettre fin à l’anarchie galopante ;Par ailleurs, elles recommandent à tout citoyen injustement et gratuitement attaqué ou vilipendé par voie de presse, au mépris des règles de la profession, de saisir les tribunaux pour réparation du tort subi, indépendamment des possibilités qui s’offrent à lui de saisir les instances de régulation et d’autorégulation ;Elles appellent également les autorités judiciaires compétentes à veiller à une application rigoureuse des articles 6 à 10 de l’ordonnance sur la presse, relatifs à la création des publications et du dépôt légal. En tout état de cause, la suppression des peines privatives de liberté pour délits commis par voie de presse ne saurait constituer une licence à tout se permettre. Ce sont des pratiques qui sont farouchement proscrites par les textes qui encadrent la profession et à l’élaboration desquelles les professionnels des médias ont activement participé. Les organisations socioprofessionnelles rassurent les pouvoirs publics et les citoyens quant à leur ferme détermination à combattre et à extirper de leurs rangs les brebis galeuses qui ternissent l’image de la profession et créent un sentiment de dépit du corps social vis-à-vis des médias et de leurs animateurs.Fait à Niamey, le 6 octobre 2012
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