RELATIONS MALI/ALGÉRIE: Le dégel qui interroge
Le Mali et l’Algérie ont annoncé ces derniers 48 h, la reprise de leurs relations diplomatiques avec retour des ambassadeurs et reprises des vols civils et militaires entre les deux pays. Un dégel surprise qui intervient dans un contexte de reprise des hostilités séparatistes dans le septentrion malien, et qui soulève des interrogations quand on raison qui ont poussé le Mali avec un pays que les militaires au pouvoir à Bamako ont accusé à maintes reprises de soutenir le terrorisme qui sévit dans le pays.
Des années de brouilles entre les deux pays
La brouille entre le Mali et l’Algérie est le résultat de plusieurs désaccords politiques, sécuritaires et diplomatiques qui se sont accumulés depuis l’arrivée au pouvoir des militaires à Bamako en 2020. Les principaux points de friction sont de prime abord l’accord de paix d’Alger de 2015 signé entre les autorités maliennes de l’époque et les groupes armés rebelles sous l’égide de l’Algérie, principal médiateur dans ce conflit. Mais en janvier 2024, le Mali a dénoncé cet accord, estimant qu’il ne répondait plus à ses intérêts tout en accusant Alger de ne pas être un médiateur neutre.
Le second sujet de brouille entre les deux pays concerne les accusations de soutien aux groupes armés portées par Bamako contre Alger. Les autorités maliennes reprochent à l’Algérie d’entretenir des relations avec certains mouvements Touaregs. Pire, les militaires au pouvoir au Mali accusaient l’Algérie de favoriser directement ou indirectement, des groupes hostiles à Bamako. Des accusations grave que l’Algérie a toujours rejeté, tout en affirmant sa détermination à préserver la stabilité de sa frontière sud. ?
Le troisième point de désaccord entre les deux pays est en lien direct avec La reprise de Kidal en 2023 et les tensions dans le nord du Mali. Après cette reconquête par les rebelles du Front de Libération de l’Azawad ( FLA), Alger a continué à recevoir des représentants de mouvements touaregs, ce que Bamako a considéré comme une ingérence dans ses affaires intérieures.
La crise entre les deux pays a atteint son paroxysme en 2025 lorsque l’armée algérienne a abattu un drone militaire malien près de la frontière. Alger a affirmé que le drone avait violé son espace aérien, tandis que Bamako a soutenu qu’il se trouvait encore au-dessus du territoire malien et a dénoncé un « acte d’agression ». Cette crise majeure a amené les deux pays à rappeler leurs ambassadeurs, et à fermer leur espace aérien l’un à l’autre.
D’une manière générale, les deux pays ont une approche différentes de la question de la sécurité au Sahel. En effet, depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en 2020, le Mali privilégie l’approche militaire, avec l’appui de la Russie (Africa Corps, ex-Wagner), pour combattre les groupes armés. L’Algérie, de son côté, défend davantage une approche politique en raison de la crainte que la reprise du conflit au nord n’aggrave l’instabilité le long de ses 1 300 km de frontière que le pays partage avec le Mali.
Le réchauffement des relations entre le Niger, le Burkina et l’Algérie
Cette crise avec le Mali avait eu des conséquences fâcheuses sur les relations entre l’Algérie et les autres membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) à savoir le Burkina Faso et le Niger. Ces deux pays ont soutenu Bamako lors de l’affaire du drone. Mais ces dernières semaines, le Niger et l’Algérie ont réchauffé leurs coopération bilatérale sans crier gare, avec la signature d’accords portant sur plusieurs sujets structurants notamment dans le domaine de l’énergie et de l’exploitation minière. Une situation qui a profondément irrité les autorités des deux autres pays de l’AES qui selon des sources, se sont senties trahies par leur allié nigérien.
Le Burkina avait déjà pris les devants bien avant le Niger. En effet, malgré la solidarité affichée par Ouagadougou dans l’affaire du drone malien abattu par l’Algérie, le Burkina Faso a maintenu le dialogue avec l’Algérie. Des responsables des deux pays ont repris les contacts diplomatiques. En février 2026, Alger et Ouagadougou ont signé des accords de coopération dans les domaines des hydrocarbures, de l’énergie, des mines et de la formation. Le Mali apparaissait dès lors totalement isolé, une situation intenable à long terme.
Les interrogations légitimes
La reprise des relations entre l’Algérie et le Mali intervient quelques jours après l’arrivée de ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov au Niger. Lors de la rencontre avec les 3 ministres des affaires étrangères des 3 pays à Niamey, le chef de la diplomatie russe a réaffirmé la nécessité pour les 3 pays de l’AES de solliciter une coopération avec les institutions sous-régionales afin de pouvoir résoudre les problèmes sécuritaires qui assaillent les deux pays. D’où les questions légitimes que se posent de nombreux observateurs des questions sahéliennes : la Russie allié de l’Algérie et du Mali a-t-elle pesé de son poids pour décrisper la situation entre les deux pays ? Le Niger qui est en bon terme avec l’Algérie a-t-il joué un rôle dans ce dégel ? Que deviennent les accusations de soutien au terrorisme formulées à maintes reprises par Bamako contre Alger ? Quelles garanties sécuritaires les autorités maliennes ont-elles eu pour reprendre subitement leur relation contre un pays qui était encore considéré comme un pays ennemi du Mali il y a quelques jours de cela ?
Autant de questions qui trouveront probablement des réponses dans les jours à venir. Il reste que ce dégel surprise donne aujourd’hui plus de cohérence à la diplomatie des pays de l’AES envers l’Algérie qui s’impose de fait comme un partenaire incontournable par les 3 pays dans tous les domaines stratégiques.
Amadou Garé
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