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Au coeur du pays/Matana : Des jeunes et des femmes s’organisent pour leur développement

Au coeur du pays/Matana : Des jeunes et des femmes s’organisent pour leur développement

Les femmes de Matana ont décidé d’adhérer dans des associations et coopératives pour réaliser leurs projets de développement. Elles ne veulent pas tout attendre de leurs maris pour faire vivre leurs familles.



Deux grands groupements attirent davantage ces femmes, à savoir les coopératives Sangwe et l’association Nawe nuze. Elles sont présentes sur chaque colline et presque dans toute la commune. Les femmes affirment qu’il y a une plus-value.


Marianne Nahinkuye de la colline Gisarenda indique qu’avec ses consœurs de la coopérative, elles opèrent régulièrement des cotisations quitte à s’octroyer mutuellement des crédits. « Chaque membre a alors des facilités pour assurer la survie de la famille. L’alimentation, l’habillement, la scolarisation des enfants, tout devient facile à travers les dividendes de la coopérative. Certaines d’entre nous peuvent exercer le commerce à l’aide des crédits contractés au sein de l’association », renseigne-t-elle. Il n’y a pas à craindre d’éventuelles pertes en octroyant ces crédits car, selon Mme Nahinkuye, ils sont donnés sur base du capital dont dispose le membre sur le compte.


Caritas Kabibi de la même colline précise que les activités exercées portent essentiellement sur l’agriculture et l’élevage. « Nous cultivons surtout le haricot, le maïs et les pommes de terre ». La coopérative a également deux vaches. Elle possède aussi des porcs qu’elle distribue aux membres qui, à leur tour, distribuent à ceux qui n’en ont pas encore à travers des chaines de valeur.


Cette femme a plus d’une casquette, et sur la colline, et au niveau de l’association. Elle est membre du comité de surveillance de la coopérative et en même temps vice-présidente du Conseil collinaire de Gisarenda. Elle fait partie des leaders féminins qui incitent les autres à s’atteler aux activités associatives.


Travailler dans des groupements associatifs est aussi une satisfaction d’Espérance Nahimana. Celle-ci se réjouit d’avoir atteint un niveau d’auto-développement palpable à ce jour. « Avec des animaux domestiques que nous avons actuellement, des champs de cultures variés, des dépôts et retraits sur le compte suite aux cotisations régulières, …vive la vie en associations », s’exclame-t-elle souriante.


La prénommée Annick, mère d’un enfant, grille le maïs près du marché de Matana. Elle est membre de l’Association Nawe nuze sur la colline Gasenyi. C’est là où elle tire son capital qui peut aller jusqu’à 200.000 francs burundais remboursables en trois mois. Les cotisations sont de 5 000 francs par semaine. Elle ne se plaint pas quant à la vie en famille.


Tout près d’elle, une autre femme exerce depuis quatre ans le commerce de vente d’unités téléphoniques et échange électronique d’argent. Mère d’un enfant aussi, ce métier l’aide à faire vivre sa famille. Seulement, dit-elle, des frais exigés par l’entreprise Lumitel se sont multipliés. « Ils ont introduit le payement des échanges électroniques. Lumitel nous fait payer mensuellement 5 000 francs de frais de commission faute de quoi on se voit retirer la carte ». Elle souhaite que cette situation change.


« De potentielles richesses pour toute personne soucieuse de travailler »


Clémence Niyonsaba, la présidente du Centre de développement familial et communautaire (CDFC) en commune Matana ne se plaint pas de la vie des femmes dans cette commune. « Elles sont éveillées pour exercer des activités génératrices de revenus ». La responsable du CDFC explique que Matana regorge de potentielles richesses pour toute personne soucieuse de travailler.


Elle renchérit que non seulement ses consœurs pratiquent de l’agriculture mais aussi elles exercent le commerce des produits vivriers avec un marché d’écoulement facilement accessible au chef-lieu de la commune.


Le centre urbain de Matana regorge par ailleurs beaucoup de fonctionnaires qui s’approvisionnent en produits alimentaires provenant essentiellement du marché.


A part la vente les produits vivriers, il y a également des femmes qui font la couture. Pour la plupart, le capital provient des groupements associatifs.


Malgré les avantages que tirent ces femmes des différentes associations, il y a certains époux qui, à en croire la présidente du CDFC, éprouvent un malaise de voir leurs conjointes passer des journées en dehors des ménages. « D’un côté, ils pensent qu’elles s’adonnent à la débauche, et de l’autre, ils pensent qu’elles s’enrichissent plus qu’eux alors qu’elles travaillent pour le bien des familles ».


Udusarabwayi ou bangala, un grand défi


Lyduine Sabushimike : « Les femmes élues sont toutes, ou presque, d’un seul parti politique » Toutes les femmes contactées se montrent dépassées par la consommation excessive des boissons en plastique très alcoolisées que les gens appellent « udusarabwayi » ou « bangala ». Non seulement elles nuisent à la santé humaine, mais aussi elles ruinent les familiales.


Plus grave encore, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, tous en prennent. « Quand l’homme et la femme en couple s’adonnent à la consommation de ces boissons, vous comprenez que la vie familiale va mal », regrette Marianne Nahinkuye.


Pour sa part, Lyduine Sabushimike trouve qu’il n’est pas facile de ne pas prendre ces boissons pour plus d’une raison. Non seulement elles sont moins chères et accessibles que les produits Brarudi, mais aussi elles sont très présentes partout dans les boutiques.


Les autorités appellent les jeunes et les femmes à saisir les opportunités de développement


Les autorités locales estiment que les opportunités de développement existent pour les jeunes et les femmes, même si plusieurs défis continuent de freiner leur épanouissement économique.


Jean-Paul Nsabiyumva : « Lorsqu’un jeune présente un projet sérieux qui nécessite un financement, il peut l’obtenir » Selon Jean-Paul Nsabiyumva le chargé des droits humains et de l’inclusion genre à Matana, plusieurs opportunités  pour les jeunes liées l’agriculture, au commerce et à l’artisanat existent. Il cite notamment les appuis du PAEEJ et de la BIJE à travers le financement des projets. Toutefois, il regrette que certains jeunes ne saisissent pas ces opportunités de développement.


Concernant la participation des jeunes dans les organes de prise de décisions, M. Nsabiyumva parle d’une évolution encourageante. « Dans les conseils communaux, il y a des jeunes même s’ils ne sont pas encore nombreux. Par contre, plus de 70 % des zones sont dirigées par des jeunes », précise-t-il.


Il affirme également que plusieurs promesses faites pendant les campagnes électorales commencent à être mises en œuvre, notamment à travers le financement des projets des jeunes par le PAEEJ et la BIJE. « Lorsqu’un jeune présente un projet sérieux qui nécessite un financement, il peut l’obtenir », assure-t-il.


Toutefois, la question du manque de fertilisants reste préoccupante dans la commune comme cela est le cas à travers tout le pays.


Du côté des femmes, plusieurs se plaignent des difficultés d’accès aux financements. Bien que la BIDF soutienne certains projets féminins à Matana, les bénéficiaires dénoncent la lourdeur des procédures et l’éloignement des services situés à Gitega.


Selon toujours M. Nsabiyumva, certaines femmes parviennent néanmoins à obtenir des crédits. « Si vous analysez les rapports, notre commune figure parmi les dix communes ayant bénéficié de plusieurs financements », souligne-t-il.


Il trouve que l’ouverture d’une agence à Matana faciliterait l’accès des femmes aux crédits et réduirait les frais de déplacement.


Il reconnaît également l’existence de violences économiques faites aux femmes, tout en précisant que les autorités interviennent et sanctionnent les auteurs lorsque des cas sont signalés.


Les femmes sont incluses dans les organes de prise de décisions


Nsabiyumva parle toutefois des avancées enregistrées dans la participation des femmes aux instances de prise de décisions. « Les femmes sont incluses dans les organes de décisions. Nous pouvons citer l’exemple de l’administratrice communale qui est une femme », indique-t-il.


Il précise que la représentation féminine progresse également dans d’autres structures administratives locales. « Dans notre commune, nous avons douze départements, dont deux sont dirigés par des femmes. Parmi les quinze chefs de zone, deux sont des femmes. Elles sont également présentes parmi les chefs collinaires. Au niveau du conseil communal, le quota de 30 % est respecté ».


Lyduine Sabushimike, militante du Frodebu, trouve toutefois un bémol. Elle fait en effet remarquer que malgré cette représentativité, les femmes qui se trouvent dans les organes sont toutes, ou presque, d’un seul parti politique.


Clémence Niyonsaba renseigne quant à elle que la présidence des conseils collinaires et communal est assurée par des hommes.


Interview avec Déo Gahiro : « Plusieurs commandes d’engrais effectuées depuis 2022, 2023 et 2024 n’ont jamais été livrées »



Le conseiller chargé de la communication et des relations publiques dans la commune Matana fait les points sur les priorités et tente des réponses aux préoccupations de la population de la commune.



Quels sont les projets prioritaires alignés à la Vision 2040-2060 dans votre commune ?


Nous avons plusieurs projets orientés vers le développement durable. Il y a notamment la construction d’infrastructures et l’amélioration de l’assainissement. Nous mettons aussi un accent particulier sur l’agriculture et l’élevage. Aujourd’hui, nous sensibilisons la population à pratiquer un élevage moderne avec des vaches capables de produire du lait et du fumier. Dans le secteur agricole, nous avons également un projet de construction d’une usine de transformation du thé afin de valoriser la production locale.


Quels sont les principaux défis qui freinent la réalisation de ces projets ?


Avec le nouveau découpage administratif, nous faisons face à plusieurs difficultés, notamment le manque de bureaux et l’insuffisance du personnel. Nous avons aujourd’hui beaucoup de départements à gérer, mais les infrastructures administratives restent limitées.


La population dénonce une pénurie persistante de fertilisants. Comment l’administration fait-elle face à cette situation ?


Comme ailleurs dans le pays, la commune Matana n’est pas épargnée par le manque d’engrais chimiques. Dans nos quinze zones, il existe des stocks, mais plusieurs commandes effectuées depuis 2022, 2023 et 2024 n’ont jamais été livrées. Nous essayons néanmoins de faire une distribution équitable des fertilisants disponibles. Pour combler ce déficit, nous sensibilisons la population à l’utilisation du fumier naturel afin de maintenir la production agricole.


Certains habitants dénoncent des commerçants qui spéculeraient sur les prix des fertilisants. Que fait l’administration ?


Nous faisons tout notre possible pour assurer une distribution équitable et limiter les irrégularités. Les multiplicateurs de semences peuvent recevoir une quantité plus importante. Nous surveillons en outre la situation afin d’éviter les abus. L’administration intervient pour corriger les irrégularités qui s’observent.


 Les femmes sont-elles impliquées dans des projets de développement ?


Oui, les femmes sont fortement impliquées. Nous essayons d’intégrer toutes les catégories de la population dans les projets de développement. Par exemple, dans les projets d’adduction d’eau, les femmes sont directement concernées car ce sont elles qui souffrent le plus du manque d’eau potable.


Les femmes participent également à travers différentes associations de développement comme Sangwe et Nawenuze où elles sont très nombreuses.


Sont-elles suffisamment représentées dans les organes de prise de décisions ?


Oui. L’administratrice de notre commune est une femme. Sur les quinze zones que compte la commune, deux sont dirigées par des femmes. Au niveau des conseils collinaires, sur cinq membres, il y a toujours deux femmes. Même dans le conseil communal, le quota de 30 % réservé aux femmes est respecté.


 Certaines femmes affirment que la consommation excessive de boissons fortement alcoolisées perturbe les ménages. Quelle est la position de l’administration ?


Effectivement, ces boissons existent et sont consommées aussi bien par les hommes que par les femmes. Des décès liés à ces produits ont même déjà été signalés. Nous sensibilisons la population à privilégier les boissons traditionnelles ou les produits reconnus comme ceux de la Brarudi.


Cependant, nous faisons face à une contradiction : certaines personnes nous demandent pourquoi nous décourageons leur consommation alors que ces boissons sont toujours commercialisées sur le marché. Nous insistons donc sur une consommation modérée, même si nous savons que certains Burundais ont tendance à consommer une bouteille entière même lorsqu’elle est très alcoolisée. Si possible, nous souhaiterions que des mesures plus strictes soient prises.


 Les femmes ont-elles facilement accès aux financements pour leurs projets ?


Des institutions comme la BIDF soutiennent les projets des femmes, tandis que le PAEEJ accompagne les jeunes garçons et filles. Mais, beaucoup de femmes nous disent que les banques sont trop éloignées car, elles doivent se rendre à Gitega.


Un processus est en cours pour implanter une agence de la BIDF dans notre commune afin que les dossiers puissent être traités localement.


Les jeunes participent-ils à la gestion de la commune et aux élections ?


Oui, mais nous faisons face à certaines difficultés. Beaucoup de jeunes intègrent des associations, puis les abandonnent après quelques mois pour aller chercher du travail ailleurs, notamment au Kenya ou en Zambie. Malgré cela, plusieurs zones sont dirigées par des jeunes.


 Les financements du PAEEJ produisent-ils des résultats visibles ?


Oui, les résultats sont palpables. Plusieurs jeunes ont pu se développer grâce à ces financements. Nous voyons aujourd’hui des salons de coiffure, des ateliers de menuiserie, des secrétariats et d’autres activités créées par des jeunes.


Certaines jeunes filles sont victimes de grossesses précoces et de mariages illégaux. Que fait l’administration à ce sujet ?


Nous avons déjà observé ce phénomène, notamment avec certaines catégories de personnes comme les motards. Aujourd’hui, nous menons des campagnes de sensibilisation pour montrer les conséquences négatives des mariages illégaux et des grossesses précoces.


Nous sensibilisons également les jeunes contre la consommation excessive d’alcool, car ils représentent l’avenir du Burundi. Lorsqu’une jeunesse tombe dans l’alcoolisme très tôt, cela compromet son avenir et celui du pays.


La construction des bureaux de zones a connu des irrégularités dans plusieurs régions du pays. Qu’en est-il à Matana ?


La majorité des bureaux ont déjà été réceptionnés. Seules les zones de Ndago et Gasibe accusent encore du retard, mais nous sommes en train de prendre des mesures afin que les travaux soient rapidement achevés.



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