Actualités : Congo

Quand l'Afrique envoyait des tam tam bourrés de dollars à l'Elysée


" Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise Compaoré. Je devais ramener pour Chirac et Villepin 3 millions de dollars. Compaoré a eu l’idée, " connaissant Villepin comme un homme de l’art ", a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés (...) Je revois Villepin, sa secrétaire, Nadine Izard, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars "...


A part les tam tam, rien de nouveau sous le soleil dira-t-on, mais une confirmation (une de plus) que la condition du maintien au pouvoir des chefs de comptoirs coloniaux que sont les Sassou, Bongo était notamment le versement par ces derniers de dizaines de millions de francs CFA aux " grands chefs blancs " régnant tantôt à la mairie de Paris, tantôt à l'Elysée. Depuis le procès Elf on le sait avec certitude. Il ne s'agit même pas d'un racket mais d'un deal passé entre eux. Ainsi Chirac a, en 1997 , réinstallé Sassou au pouvoir (après avoir vainement plaidé pour que Lissouba, alors président, nomme ce dernier comme son Premier ministre, en jetant la constitution à " la poubelle ") avec le soutien militaire de l'Angola, sous des monceaux de cadavres congolais...


Dernières en date donc les " révélations " de l'avocat Robert Bourgi (lire également les révélations de WikiLeaks), " porte-valises " de la Françafrique qui explique, dans " Le Journal du Dimanche " (11/9) de quelle façon les chefs Etat africains (dont bien entendu Sassou) financent les campagnes électorales en France...


Lu dans le quotidien " Le Monde "


Robert Bourgi


L'avocat Robert Bourgi raconte, au Journal du Dimanche, comment il a convoyé jusqu'à l'Élysée pendant des années les millions des chefs d'État africains. Dans un long entretien, l'avocat successeur de Jacques Foccart, explique que " pendant trente ans, Jacques Foccart a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d'État africains et Jacques Chirac. Moi-même, j'ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris ". Dans le livre de Pierre Péan, La République des mallettes, il témoignage de ces pratiques concernant les fonds occultes.


Il poursuit : " J'ai travaillé avec Dominique pendant des années. Nous avons été très proches, comme on peut être proche d'un ami, de quelqu'un que l'on connaît intimement. Et puis, fin 2005, brutalement, il m'a chassé ". Selon l'avocat, Dominique de Villepin lui aurait déclaré que " l'argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, sent le soufre. C'est fini. (...) Si un juge d'instruction vous interroge (...) cela va mal finir ".


Dominique de Villepin et Chirac


Evoquant les remises de fonds, il précise : " Il n'y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu'à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L'argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C'était en 1995. Il m'avait confié 10 millions de francs que Jacques Foccart est allé remettre à Chirac ". En revanche, il ne parvient pas àestimer le montant total versé : " À ma connaissance, il n'y avait pas de comptabilité. Plusieurs dizaines de millions de francs par an. Davantage pendant les périodes électorales ".


Pour Dominique de Villepin, ces accusations ont tout à voir avec l'affaire Clearstream qui doit trouver son dénouement mercredi. La cour d'appel de Paris confirmera ou non sa relaxe dans l'affaire qui mettait en cause Nicolas Sarkozy, une décision cruciale pour l'avenir politique de l'ancien premier ministre à sept mois de l'élection présidentielle. " Tout cela n'est que fariboles et écrans de fumée. Je n'ai jamais cessé, depuis 1993, de me mobiliser contre les réseaux de quelque nature que ce soit, en vue d'une moralisation de la vie politique dans le cadre fixé par Jacques Chirac ", répond M. de Villepin au JDD, y voyant un coup venant de l'Elysée. L'ancien premier ministre a qualifié, vendredi, sur RTL, de " livre de fantasmes " le dernier opus de Pierre Péan, centré sur un de ses amis, Alexandre Djouhri, qualifié par ce journaliste-enquêteur de " Prince des ténèbres ".


© Le Monde (11/9).


Lire l'intégralité de l'entretien de Robert Bourgi dans le JDD


Photos insérées par Mwinda


Ndlr - Précision : A la question du JDD qui l'interroge sur le fait que ces remises se faisaient " directement ", Robert Bourgi répond " oui ". Jacques Chirac " prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n'y avait jamais moins de 5 millions de francs ", raconte l'avocat.


Bourgi ajoute : " Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains - Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) - ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002 ".


Et de raconter l'anecdote où l'argent fut même acheminé jusqu'à l'Elysée dans des... tam tam : " Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise Compaoré. Je devais ramener pour Chirac et Villepin 3 millions de dollars. Compaoré a eu l’idée, " connaissant Villepin comme un homme de l’art ", a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés. Une fois à Paris, je les ai chargés dans ma voiture jusqu’à l’Élysée. C’est la seule fois où j’ai pu me garer dans la cour d’honneur ! C’était un dimanche soir et je suis venu avec un émissaire burkinabais, Salif Diallo, alors ministre de l’Agriculture. Je revois Villepin, sa secrétaire, Nadine Izard, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars ".










Article publié le jeudi 15 septembre 2011
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