L’information monnayée au Niger
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10 juin 2010- Au Niger, désormais, pour réaliser un documentaire ou un reportage, une demande est adressée trois (03) semaines avant au ministère de la communication et cette requête est accompagnée d’une somme faramineuse pour l’obtention de l’autorisation. Selon les termes de l’arrêté n°019 « Fixant les conditions de tournage de documentaire ou de reportage au Niger » signé le 03 juin 2010 par Madame Takoubakoye Aminata Bouriema, ministre de la communication du gouvernement de transition, cette mesure s’applique à « un média, une agence de production, une association ou une organisation non gouvernementale (ONG)». La délivrance de l’autorisation de tournage ou de reportage est assujettie au paiement de : 500.000 francs CFA pour un journal ; 1 million s’il s’agit d’une radio et 2 millions s’il s’agit d’une chaîne de télévision ou d’une agence de production.
Cette mesure surprenante dans un contexte de restauration de la démocratie et de la liberté de l’information a fait réagir les ONG et agences onusiennes présentent à Niamey. En effet, elles se sont concertées mardi dernier pour demander au gouvernement « la suspension de cet arrêté et le retour aux conditions antérieures, en attendant une consultation entre les différents Ministères et organes concernés afin d’identifier un cadre de travail qui convienne à tous » Pour justifier leur demande, ces ONG et agences relèvent que les tarifs sont dissuasifs car cet arrêté sape les efforts de la communauté humanitaire dans sa mobilisation de l’aide internationale à travers les media. Des organes de presse ont déjà annulé leur visite au profit de pays voisins – et notamment du Tchad, ce qui du coup terni l’image du Niger car ces bonnes volontés travaillent en faveur des populations en difficulté. Aussi, ces ONG et agences onusiennes constatent des vices de procédure dans la rédaction de l’arrêté. L’Observatoire de la Communication qui est l’organe de régulation de l’espace médiatique n’est pas ampliataire de l’arrêté de la ministre encore moins le ministère des finances à qui on compte reverser 50% de la somme, à travers le Trésor public. Ce n’est pas tout, le ministère de la Santé publique et le Dispositif national pour la prévention et la gestion des crises alimentaires, ainsi que le Centre d’information et de documentation (CIC), sous la supervision du cabinet du Premier ministre, n’ont pas été associés à la conception de l’arrêté. Sur les délais d’obtention des accréditations, ces organisations soulignent que trois semaines de délai imposées pour l’obtention des autorisations de travail ne sont pas adaptées au travail des media : les organes de presse traitent l’information à chaud, ont besoin de flexibilité et se doivent d’être réactifs par rapport à l’actualité, notamment en situation d’urgence. En conclusion, ces ONG et agence disent que, dans le contexte actuel d’urgence, il est essentiel que les medias restent à leurs côtés pour traduire en images et en son le plaidoyer de la communauté humanitaire car elles doivent rendre compte aux donateurs et aux bénéficiaires des aides. Pour notre part, cette mesure est tout simplement contraire à l’esprit du discours prôné ça et là visant à respecter et défendre la liberté de la presse et le devoir d’informer
Source : Liberation
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